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Montmartre secret

Montmartre secret

Pour les Amoureux de Montmartre sans oublier les voyages lointains, l'île d'Oléron, les chats de tous les jours. Pour les amis inconnus et les poètes.

Publié le par chriswac
Publié dans : #OLERON EGLISES Cimetières


La ville de Saint-Pierre ne manque pas de charme. Pierre Loti, enfant, aimait y flâner et la maison des aïeules est restée, telle qu'il l'a connue, dans la rue qui aujourd'hui porte son nom. Son corps est enterré dans le jardin protégé de hauts murs :"Ici, dans le jardin de la maison des aïeules, Pierre Loti repose sous le lierre et les lauriers."
L'église se dresse non loin de là. 



Elle n'a rien de bouleversant et semble plutôt ingrate dans une région où l'art roman s'est épanoui dans la blondeur des pierres et la fantaisie des décors. Son histoire est tourmentée et le bâtiment que vous voyez aujourd'hui ne date que du XVIIème. Le clocher que les visiteurs aiment escalader pour jouir d'une vue imprenable sur la petite ville ne date que de la fin du XVIIIème! Quant aux nefs latérales...elles sentent bon leur XIXème! La tribune cependant et le buffet d'orgue ne manquent pas d'une certaine élégance. 



Dans la chapelle du transept gauche, subsistent quelques vestiges romans, comme des bribes de mémoire qui nous permettent d'imaginer et de reconstruire...




Un vitrail conventionnel montre l'apparition du Sacré-Coeur à Marguerite-Marie. Comme j'habite à l'ombre de la Basilique, je ne peux
m'empêcher de lui faire un petit clin d'oeil!



Dans la chapellle de la Vierge, une fresque de Nicolas Greschny se détériore lentement. Greschny est pourtant un grand peintre méconnu. Il est né en Estonie et a dû s'exiler lors de la révolution russe. Il s'est réfugié en Allemagne et a dû fuir devant les nazis... Il est allé en Belgique (université théologique de Louvain) et a dû fuir devant les troupes allemandes...Il est allé en france et...il a été arrêté et interné au camp d'Argelès sur mer!
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Sans rancune, il est resté dans notre beau pays où il a peint de nombreuses fresques, essentiellement dans le sud et le sud-ouest. Il était avant tout peintre d'icônes, dans la tradition orientale et il a donné aux figures des gens les plus simples, une grande noblesse et une grande dignité. Comme ici, ces paysans de l'île d'Oléron, devant la mer et les moulins sous un ciel remué par les vents ou les anges.



Comme ces enfant qui joignent les mains, émerveillés par la mer où naissent les étoiles. L'un d'entre eux est peut-être le petit Julien Viaud, futur Pierre Loti, qui rêve de grands voyages devant les bateaux....

Si vous visitez cette église, ne manquez pas d'aller regarder cette fresque. Vous y découvrirez parmi les artisans, le peintre lui même qui d'une main tient son pinceau comme un cierge et de l'autre, paume ouverte, vous invite à entrer dans la beauté du monde


lien : La lanterne des morts. Saint Pierre, Oléron.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #POEMES Chats.. photos..articles



Nous avons emmené Titiche à Oléron pour les vacances de printemps. Evidemment, elle a râlé pendant une vingtaine de kilomètres et puis elle s'est calmée, apaisée par Leonard Cohen dont le CD passait en boucle dans la voiture. Sur cette photo, elle est tapie dans les lauriers du jardinet.   elle a une vue imprenable sur la place du village et sur la maison. Rien ne peut lui échapper.



Elle aime se percher sur le tronc de l'arbousier. Le pauvre arbre avait pris une telle ampleur qu'il envahissait la petite cour et venait cogner contre les volets. Je l'ai coupé, je le confesse. Nicole ne me le pardonne pas, ni les fauvettes qui y nichaient, ni Titiche qui recherche vainement les branches où elle aimait s'installer.



Elle aime, petite concierge parisienne, regarder tout ce qui se passe et tout ce qui passe dans notre rue. C'est la rue des Saulniers, la bien nommée, car la commère ajoute en miaulant son grain de sel aux potins du village.



Dans la maison, son poste de guet est sur la mezzanine. Rien ne lui échappe. Elle y ronronne en paix loin des mauvais souvenirs qu'elle a gardés de notre voyage au Laos pendant les vacances d'hiver. Aucun ami n'avait voulu la garder et nous l'avions confiée à notre vieille voisine du quatrième étage qui a voulu la caresser. Titiche l'a griffée et la voisine surprise a hurlé...La chatte effrayée s'est réfugiée sous l'évier. Allez savoir comment elle est passée par un trou de souris et s'est retrouvée dans un petit espace entre le mur et l'évier.
Impossible de l'en extraire. Elle y était entrée, poussée par la panique qui avait modelé son corps. 
La voisine a cherché pendant des heures où Tiche était passée...
Quand plusieurs heures plus tard elle a entendu ses miaulis, elle n'a pu la faire sortir. Elle a dû aller chercher un ouvrier qui travaillait sur un chantier dans la rue. Il a découpé à la scie la paroi de l'évier et Titiche a été libérée.
La voisine l'a remontée chez nous et lui a rendu visite plusieurs fois par jour jusqu'à notre retour. Elle a eu la délicatesse de ne rien nous dire quand nous téléphonions de Luang Prabang ou de Vientiane...



A Oléron, elle est heureuse, comme à Paris... Elle ne nous quitte pas d'une patte et ne supporte pas que nous fermions les portes. 

La voilà qui saute sur le bureau...Elle sait que je parle d'elle et déboule sur le clavier où je tapote. Je suis obligé d'arrêter...
Bonne nuit! 
 

Aventure de Titiche à Montmartre.

Titiche a 20 ans.

Tiche. Chatte en mai.  

Ma chatte à Oléron

Poème à Titiche 17 ans

Liens: Chats. Poèmes, Art, photos....

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Publié le par chriswac
Publié dans : #POEMES...Divers




Ta déprime

Quand tu souffres
 Tu fermes ta porte à ceux qui souffrent
 Et n'osent pas sonner une deuxième fois

Quand tu as peur
 Tu fermes tes fenêtres à ceux qui ont peur
 Et cognent du bout de l'ongle contre tes vitres

Quand tu ne t'aimes pas
 Tu détestes les autres
 Et fouilles sans te lasser dans les valises
 Qu'ils ont depuis longtemps égarées sur les quais

Quand tu n'acceptes plus le regard des miroirs
 Tu repousses les autres                                                                               
  Dans la nuit sans barreaux où ils perdent leurs yeux

 


Quand tu ne veux plus vivre                                                                              Tu enfermes les autres                                                                                     Dans les wagons plombés                                                                                 Qui arrêtent leur course au pied des cheminées

 


Quand un jour par hasard tu te réveilles                                                          Avec le désir clair de parler et de rire                                                                Tu ouvres tes fenêtres et tu ne comprends pas                                       Pourquoi plus rien ne bouge                                                                   Pourquoi plus rien ne vit

 

...Tes chats avant de fuir te regardent crier...

 

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Publié le par chriswac
Publié dans : #POEMES. AMOUR.



FEMME

Femme  sable
Femme  mousse
Femme  douce
Femme  harpe

Sable la dune où je me couche
Mousse l'écume que j'embrasse
Douce la mer où je m'efface
Harpe la corde que je touche

Femme  rouge
Femme  lave
Femme  soie
Femme  mort

Rouge la grotte où je pénètre
Lave le flot qui se déverse
Soie les étoiles que j'émaille
Mort le plaisir où je défaille







Lien :

Liens : poèmes d'amour de Christian Wacrenier.

un poème d'amour




.... 

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Publié le par chriswac
Publié dans : #POEMES ENFANTS


                                   I

Ma puce
Si tu as peur la nuit
Tu peux sauter dans mes cheveux
Tu seras à l'abri du génie malicieux
Qui frappe les petits et leur crève les yeux

Mon lapin
Si tu as froid le soir
Tu peux te cacher dans ma poche
Tu y seras au chaud loin du mauvais regard
du marchand de fourrure qui tue et qui écorche

Mon poussin
Si tu es trempé par la pluie
Viens t'abriter dans mes deux mains
Je t'y ferai un nid et pour que tu sois bien
J'approcherai la bouche et soufflerai sur toi
Tu chanteras alors, bien plus heureux qu'un roi

Mon chaton
Si l'orage te fait trembler
Viens te blottir dans mon gilet
L'éclair ira se casser dans le bois
Où le tonnerre perdra la voix.





                                                                             II



-Si tu perds tes cheveux, où veux-tu que je me cache?
-Ma puce, tu sauteras dans ma moustache!

-Où veux-tu que je dorme si tu n'as plus de poches?

-Mon lapin, tu dormiras dans ma sacoche!

-Où veux-tu que je m'abrite si on coupe tes mains?

-Mon poussin, j'ai un ami indien qui en vend plus de vingt!

-Si on vole ton gilet, où veux-tu que je ronronne?
-Mon chaton, cette fois, ma langue je te donne!


 

Liste des poèmes pour les enfants. Liens.

Un poème d'amour. Pour les enfants. Petite.  

 

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Monuments. Cabarets. Lieux


Au premier étage de la maison, de nombreuses oeuvres du peintre sont exposées. Elles y sont à leur place puisque pour la plupart, elles ont été peintes dans l'atelier, à côté du pavillon.
Inspirée de la ballade de Bürger, traduite par nerval, la toile : Lénore, les morts vont vite, est tourmentée et ténébreuse à souhait. La touche nerveuse permet de regretter l'évolution ultérieure du peintre vers un classicisme plus froid. Lénore attend son bien-aimé parti à la guerre. Persuadée qu'il est mort, elle implore le ciel de lui permettre de le rejoindre. Un cavalier apparaît alors, la saisit et l'emporte au grand galop vers le lit nuptial, le lit de la mort. Etrange toile où ne brille que la chair blanche de la seule vivante, courbée et résignée, tenue par son amant revêtu d'acier, tandis que commencent à se rassembler les spectres de tous les amoureux défunts.

                                                                                                                                                                                                                     Autre figure romantique, Faust dans son cabinet. Dans une posture un peu théâtrale, le bon docteur songe avec tristesse à sa vie passée, au temps perdu.


Dans la vitrine, une petite toile, étude pour l'oeuvre exposée au salon de 1846, montre Marguerite tenant dans ses bras son enfant mort qui semble s'accrocher à elle et rechercher la chaleur du corps maternel à travers un drap aussi lourd qu'un linceul.


Romantique encore, le Giaour, inspiré de Byron... Les Turcs appellent ainsi avec mépris le non-musulman, le plus souvent chrétien. Le Giaour de Byron, désespéré d'avoir perdu Leïla, décide de se réfugier dans un monastère avant d'y mourir d'amour. Beau portrait sombre et vigoureux. L'homme nerveux semble entamer une danse de mort...
Les autre oeuvres exposées me paraissent plus froides, plus conventionnelles. parmi elles le portrait de la princesse de Joinville


Elle ressemble à une poupée de porcelaine, un peu boudeuse, un peu triste, avec pour seuls bijoux ces méchantres décorations, insectes de métal sur son sein et son épaule.


La reine Marie-Amélie en deuil me paraît moins convenue. Ary Scheffer est allée en Angleterre où la famille royale s'était exilée après la révolution de 1848. La reine tient dans ses mains le portrait du roi. Son visage est à la fois légèrement baissé vers lui et tourné vers une autre lumière.

 
Cornélia Scheffer, fille du peintre et admiratrice de ce père dont elle aime copier les oeuvres. C'est elle qui léguera la plus grande partie des toiles d'Ary Scheffer à Dordrecht (Pays-Bas) ville de sa naissance.


Cornélie Scheffer (décidément, l'imagination manque un peu pour les prénoms!), nièce du peintre.Elle épousera Ernest Renan. Noémie, la fille du couple habitera la maison qui restera dans la famille jusqu'au don qui en sera fait  à la ville de Paris.


Avant de quitter le musée, un petit coup d'oeil à Sophie Marin, future épouse du peintre.
Si l'envie vous prend d'aller rendre visite à toutes ces belles dames qui vous attendent patiemment, n'hésitez pas à vous rendre 16 rue Chaptal. Vous descendrez à Blanche ou à Pigalle et vous serez reçu gratuitement tous les jours de la semaine sauf le lundi, de 10h à 18H.....

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Monuments. Cabarets. Lieux


A quelques pas de Pigalle, dans le quartier romantique de la Nouvelle Athènes, se dissimule derrière les arbres une jolie demeure à l'italienne. C'est la maison du peintre Ary Scheffer, artiste qui fut à la mode mais qui aujourd'hui pâlit à côté des Delacroix et des Géricault qui furent ses contemporains.


Etrangement, George Sand qui ne vécut jamais en ces lieux, semble les habiter. Il est vrai cependant qu'elle fréquenta l'atelier du peintre (à gauche de la maison) où, sous la Monarchie de Juillet, de nombreux artistes et intellectuels aimaient se retrouver. Parmi eux, Chopin, Delacroix, Rossini, Guizot, Dickens, Liszt ou Berlioz ne sont pas les moindres !... En pénétrant dans la maison vivante, on a l'impression qu'elle va apparaître et accueillir le visiteur.


C'est que La petite fille de la bonne dame de Nohant a légué à la ville de Paris, meubles, bijoux, objets qui se trouvaient dans la propriété du Berry...


Le salon à la lumière dorée semble prêt à vous recevoir. les objets trop nombreux ont un histoire qu'ils chuchotent à qui veut l'entendre.


Dans les vitrines, à côté des bijoux et des mèches de cheveux dans des médaillons, ces deux moulages parallèles des mains de Sand et de Chopin ... Les doigts du pianiste jouent sur un clavier imaginaire une
valse qui fait danser la poussière devant les vitraux


La main de Sand attend de reprendre la plume. On aimerait la voir se poser sur celle de son amant.   La nuit peut-être, quand l'heure est venue de composer un nocturne et quand les visiteurs partis,  s'abolissent les frontières du temps.


Un pastel de Delacroix illustre Lélia, roman sombre et romantissime de Sand. Le dessin vigoureux et dépouillé fait pâlir les toiles académiques de Scheffer, suspendues dans la même pièce.


Tout à l'heure, nous monterons au premier étage où sont exposées des oeuvres du véritable propriétaire des lieux, Ary Scheffer.
(à suivre...)

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Publié le par chriswac
Publié dans : #WACRENIER

Comme chaque vendredi, je vais voir ma mère. Je fais pas à pas avec elle, les interminables courses puis j'essaye de la gâter avec un bon petit repas préparé à la maison et transporté dans une glacière.
    Je sais bien que nous sommes Vendredi Saint, jour de jeûne!
 Pour  moi c'est le jour idéal pour gâter ceux qu'on aime et partager avec eux le champagne.
Minouche m'attend sur le tapis. Depuis longtemps, elle a compris que j'étais un ami, un complice; elle en profite pour cavaler dans le couloir et tourner, mine de rien la tête, pour vérifier que je la poursuis.

A peine suis-je arrivé que maman me montre une photo qu'elle ne se lasse pas de regarder. Elle est avec son arrière-petite-fille, Mila, en Normandie, pendant les dernières vacances d'hiver. Elle se rappelle ce moment où elles s'amusaient toutes deux et ne pouvaient cesser de rire. Au point que les parents durent intervenir pour calmer les délurées!
Elle dit que c'est la photo qu'elle préfère. Elle dit qu'elle adore Mila.

Pendant le repas (asperges, Kebbé, champignons, profiterolles, garriguettes...) nous parlons beaucoup. Je lui demande, comme je l'avais demandé à mon père de me dire quels sont ses trois pires souvenirs et ses trois meilleurs. En excluant la mort ou la naissance des enfants qui sont des malheurs ou des bonheurs qui échappent à toute classification. Pour les pires, elle me dit qu'elle n'a que l'embarras du choix. Il n'y a pour ainsi dire que ça!
-Maman, quels sont ceux qui te viennent tout de suite à l'esprit?             -  Je peux commencer par mon mariage. Ce jour-là j'aurais dû comprendre. Je suis arrivée en taxi avec ton père, devant la mairie. Il en est sorti et s'est précipité dans le bâtiment, sans même s'occuper de moi. J'ai dû descendre seule, monter seule les marches, entrer seule dans la salle des mariages. J'avais le coeur gros. J'aurais dû imaginer alors ce que serait ma vie avec cet homme-là!
    
Le souvenir ne m'étonne pas. Ce qu'ils ont vécu, chacun de leur côté ce jour-là, ce n'est pas précisément l'euphorie! Je sais que mon père n'a pas dormi de la nuit qui précédait la cérémonie et qu'il a hésité jusqu'au dernier moment, au point d'envisager la fuite... 



Un autre souvenir. C'était le bal du Rotary dans un grand hôtel d'Arras. Je suis arrivée avec ton père pour le dîner. On nous a demandé de nous asseoir là où était le carton avec notre nom. Ton père était à la table d'honneur avec le Président. Il n'y avait pas mon nom. Il m'a dit d'aller chercher où je pouvais être. J'ai fait le tour de toutes les tables et me suis fait rembarrer. J'étais morte de honte. finalement, je suis revenue à la table principale. C'est le président qui m'a remarquée; Il s'est étonné. Ton père n'avait pas prévenu qu'il venait avec sa femme. Il a fallu rajouter un couvert. J'aurais dû partir. je n'ai pas eu ce courage.

Un troisième souvenir, c'est l'avortement qu'il m'a imposé. Je n'ai jamais supporté par la suite ses bondieuseries et son puritanisme. Il condamnait sans réserve l'avortement alors que...

Là, je lui coupe la parole... Je connais cette histoire douloureuse...


Et les bons souvenirs maman?
-J'ai beau chercher, je n'en trouve pas!
-Allons maman, fais un effort!
-Mais pourquoi tu me demandes ça?
-Si je ne te le demande pas maman, je ne le saurai jamais. Je veux t'imaginer heureuse quelques fois!
-Bon! Alors, je dirai que je me suis sentie heureuse la première fois où nous avons eu une maison à nous. Je pensais tellement qu'avec ton père nous n'aurions jamais un endroit à nous! Après la signature pour la maison de Réveillon, nous sommes allés dans un très bon restaurant, nous avons bu le champagne. Je me rappelle. J'étais bien.

Un deuxième souvenir, c'est la Libération. Je n'oublierai jamais, malgré les choses moches que nous avons vues. Il y avait une ambiance de fête, de vacances. On était jeunes. Tout Paris était dehors. On dansait à chaque coin de rue!

-Un troisième souvenir maman et tu auras fini tes devoirs!
-Un troisième? Non je ne vois pas. Vraiment.
-Tu aimais tes parents?
-Oui, j'adorais mon père! C'est vrai! quand j'étais seule avec lui, j'étais aux anges.


Nous avons parlé encore longtemps. C'était comme un voyage, dans un passé que je connaissais sans le connaître vraiment, comme on croit connaître Venise sans y être jamais allé.

 Je voudrais acheter des années et des années pour avoir l'occasion de voyager longtemps sur les eaux noires ou sur les eaux bleues avec toi, maman.

un dernier regard sur un tableau que j'aime : une plage de ce nord où tu es née. Un ciel de tempête, une foule accourue pour un naufrage ou un retour de pêche.
Naufrage?
Retour de pêche?

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Publié le par chriswac
Publié dans : #WACRENIER
9 avril, 9 heures. Je file à la Gare du Nord. Je vais à Sceaux, sans prévenir mon père. Je veux arriver tôt, passer deux heures avec lui et rentrer avant l'interminable repas dans la salle sinistre de la Résidence.

Je passe rue Houdan pour acheter une bouteille de champagne puis je me dirige vers l'église et la rue qui mène à la Faïencerie. Je vois mon père qui avance à petits pas et remonte vers le centre-ville. Je m'arrête. Il passe à côté de moi sans me remarquer.
Je l'appelle; il se retourne, surpris. Il me dévisage. Je n'attends pas, je l'embrasse,"C'est moi, Christian, mon petit Dad"!  Il s'étonne : "ça alors! mais c'est un jour extraordinaire! Un jour dont je me souviendrai ! J'allais voir une dame de la paroisse et cest toi que je  trouve!
-Dad, allons voir cette dame qui t'attend peut-être!
-Non, tant pis pour elle! elle a laissé passer sa chance! Allons à l'église!
-Mais Dad, regarde, il y a un enterrement!
-Ah bon! alors il faut que je fasse les lectures!
-Non, je ne crois pas Dad.Regarde la foule! c'est un enterrement de riche! Viens, on va se promener dans le parc!

Et nous passons tous les deux la grille; je le tiens par le bras. Nous allons vers le bassin du petit château et la statue sans mémoire. Il me redit que ce jour est exceptionnel. Il a raison. Chaque jour est exceptionnel quand nous rencontrons ceux que nous aimons. Et peu importe si ce jour disparaît ensuite dans la nuit. Il a existé. Grain de sable et de douceur dans la terre où nous dormirons.

Je lui rappelle que nous sommes dans la Semaine Sainte. Il paraît étonné. Pourtant Dad, rappelle-toi que tu as toujours dit que c'est le vendredi saint que tu aimerais mourir!
-Mourir pour mourir..
-Tu sais ce que dit Sylvie. En fait ça ne serait pas un cadeau car tu risquerais de ressusciter le 3ème jour!
-Ah! Mais on ne sait pas quand il est ressuscité, lui.
-En théorie, c'est dimanche, le jour de Pâques. Tu sais que Vincent vient te chercher.
Il s'étonne. Il trouve que c'est gentil. Il me demande si Vincent a des enfants. Oui Dad, il a deux garçons. Tu peux retrouver leur prénom. Pense à un grand poète, un de ceux que tu préfères.
-Il est mort?
-Oui Dad, au XIXème siècle;
-Alors s'il est mort comment veux-tu que je sache son nom?
-Mais tu l'aimes Dad. La Légende des Siècles! "Lorsqu'avec ses enfants, vêtu de peau de bêtes..
Il poursuit aussitôt sans se tromper :"Echevelé, livide au milieu des tempêtes, Caïn se fut enfui de devant Jéhova..."
C'est étrange, cette mémoire des textes appris dans l'enfance et l'adolescence. Il ne sait plus s'il a des petis enfants mais il sait encore par coeur des poèmes entiers.
Bon, Dad, tu vois que tu le connais ce poète. Les Misérables, ça ne te rappelle rien?
-C'est triste !
-Victor, Dad!
-Victor?
-Victor hugo! Tes petits-fils s'appellent Victor et hugo!
- Ah Bon! Si tu le dis!


Après un silence, il m'interroge:
-Comment va ta mère?
C'est la première fois que spontanément, il s'inquiéte devant moi de sa femme.
-Elle n'est pas en forme, elle marche très difficilement.
-C'est son pied?
-Non Dad, c'est la hanche. Tu vas la voir dimanche chez Vincent.
-Ah bon, je vais chez Vincent?


Après la balade, nous allons au café où il me redit que ce jour, il ne l'oubliera jamais.

Je le raccompagne dans son studio.
Je regarde sur un des murs le Christ peint par son ami Vasquez del Rio. Un christ décharné sur le bois du Vendredi Saint. Mon père est aussi maigre, aussi innocent... et c'est pourquoi si l'on y croit, le jour venu, lui aussi, il ressuscitera...



Mon père. Visite. Alzheimer à l'ouvrage.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Monuments. Cabarets. Lieux


Vus de l'impasse Marie-Blanche  un mur de briques et une tour nous rappellent qu'il y eut ici une grande demeure construite à l'époque romantique par le Comte Charles de L'escalopier.

A l'époque de sa construction, en 1835, en pleine vogue du style troubadour, la demeure attire de nombreux curieux. Elle est alors au milieu des champs, à quelques pas du cimetière du Nord, dit de montmartre.

Ce qui attire les badauds, ce sont des serres extraordinaires. Elles sont ornées de roches, de bassins et chauffées à la vapeur. Elles abritent les plantes les plus rares. A côté des bananiers, on trouve des bambous, des papayers, des arbres à pain, des cocotiers en pleine terre. Une des serres, la plus visitée, offre aux regards émerveillés des parisiens, les plus belles orchidées, les muscadiers, les copayers, les mancenilliers, les bois de santal....

Les serres sont hélas détruites par le Comte lui-même (c'est pour cette raison que Nicole, amoureuse de la végétation luxuriante, m'entraîne chaque année sous les tropiques).
 Le Comte, grand érudit, nommé conservateur de la bibliothèque de l'Arsenal, dont Nodier, qui a sa rue de l'autre côté de la Butte, est le responsable en chef, les remplace par une immense bibliothèque, en grande partie consacrée aux ouvrages d'archéologie chrétienne.
Passionné par le Moyen-Âge, comme beaucoup de ses contemporains, et comme le plus grand d'entre eux, notre Victor national, il décore sa maison en gothique flamboyant et installe un musée médiéval de pièces d'orfèvrerie, d'ivoire, de bronze. Il acquiert des émaux très rares et des reliques pour la plupart douteuses mais dont le reliquaire, lui est authentique!
Notre Escalopier écrit un ouvrage qui lui apporte une petite célébrité et lui vaut le hochet suprême, la croix de la légion d'honneur. Il s'agit de la traduction d'un traité du moine Théophile (XIIème siècle) sur les arts de son temps.
La porte étant entrouverte; je me permets d'entrer sur la pointe des pieds. Le grand escalier semble accueillir quelques fantômes de lumière.


Une femme insatisfaite  et mélancolique attend sur le mur que s'ouvrent à nouveau les portes sur les forêts tropicales et les perroquets multicolores.


Au fait, ce nom de L'Escalopier, que signifie-t-il ?  Notre homme débitait-il des escalopes à la Cour de France?  Ou bien portait-il sur la tête un chapeau qui en avait la forme?  
Que nenni ! 

Le nom est italien. Et ancien. Et prestigieux. La famille Della Scala régna sur Vérone jusqu'au jour où elle en fut chassée par les Vénitiens (au XIVème siècle). Réfugié à Paris, Pietro Della Scalla voulut franciser son nom :
       
"Renversé de fortune, il renversa son nom
  L'Escalopier lui fut nom pour Piero L'Escale"



Aujourd'hui, il faut tourner dans les petites rues de Montmartre aux noms de femme, pour découvrir ce qui subsiste de ce monde créé par cet érudit qui, passionné d'archéologie se rendit en orient, y découvrit les restes d'une martyre, Théodosie, originaire d'Amiens (!!!) dont il obtint du Saint-Siège la translation dans sa ville natale.


Au coin de l'impasse Marie-Blanche et de la rue Constance, dans une vitrine, un tigre se souvient peut-être d'avoir planté ses crocs dans la chair tendre de Théodosie. Mais il est trop débonnaire pour avoir de tels souvenirs... Il rêve avec ses compagnons de carton sur les fantômes, végétaux et humains, de la demeure du Comte marie-Joseph Charles de L'Escalopier.

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